Creaminal, agence indépendante de musique à l’image, creuse son sillon dans le secteur du cinéma, en assurant la supervision musicale de plusieurs films. Parmi ceux-ci, le prochain Michel Gondry, “l’Ecume des jours”.

Fondée en 2003 par Clément Souchier, Creaminal se définit comme une agence indépendante de musique à l’image. “L’idée de Creaminal est de proposer des services de synchronisation et de supervision musicale, aux professionnels de la publicité, du cinéma, de la télévision, et des jeux vidéo”, explique le fondateur de la société. Depuis trois ans, Creaminal développe fortement son activité pour le cinéma, notamment avec les arrivées successives de Jeanne Trellu et Thomas Jamois, qui officient comme superviseurs musicaux aux côtés de Clément Souchier.

“La supervision musicale consiste à gérer les problématiques liées à la musique d’un film, explique Thomas Jamois. Elle comprend différents aspects : l’artistique (définition d’une direction musi- cale, recherche de musiques préexistantes et de compositeur si besoin…), l’administratif (négociation des droits, rédaction des contrats, suivi du budget…) et la médiation entre deux mondes qui ne parlent pas toujours le même langage”.

Parmi les films dernièrement mis en musique par Creaminal, figure Foxfire, de Laurent Cantet. “Nous sommes arrivés sur le film une fois le scénario terminé, indique Thomas Jamois, qui en a assuré la supervision musicale. Nous avons d’abord défini avec le réalisateur et son producteur, Haut et Court, une direction artistique. Ensuite, le film se déroulant dans les années 1950, nous avons recherché et négocié les droits de titres préexistants, afin de marquer l’époque. Pour la musique originale, comme le film n’avait pas de compositeur attitré et qu’il s’agissait d’une coproduction canadienne, nous devions trouver un compositeur canadien. Plusieurs idées d’artistes ont été soumises à Laurent Cantet, dont le groupe Timber Timbre, qu’il a finalement choisi.” Pour Foxfire, l’ensemble de la supervision musicale, qui inclut la production exécutive, a duré quinze mois. “La moyenne pour un film de fiction se situe entre neuf et quinze mois”, précise Clément Souchier. Après avoir notamment supervisé les musiques de Tellement proches, d’Eric Toledano et Olivier Nakache, ou plus récemment de Zarafa, de Rémi Bezançon et Jean- Christophe Lie, Creaminal travaille actuellement sur celle de l’Ecume des jours, de Michel Gondry. Aujourd’hui, la société assure la supervision musicale d’une dizaine de films par an.

Un métier qui se professionnalise

“La supervision musicale, qui existe déjà depuis longtemps aux Etats-Unis, commence à être d’avantage prise en compte par les producteurs français, et particulièrement ceux de la nouvelle génération, analyse Thomas Jamois. Ils réalisent à quel point ils gagnent en expertise, en temps, et en argent.” Toutefois, la profession de superviseur musical en France, pratiquée par une quinzaine de sociétés et d’indépendants, a encore besoin de se structurer. C’est dans cette optique que Creaminal a initié un syndicat amené à fédérer les professionnels. Intitulé la Guilde des superviseurs musicaux français, il sera officiellement créé lors du prochain Festival de Cannes. “Notre métier a besoin de parler d’une voix unique, commente Thomas Jamois, notamment vis-à-vis du CNC, et du Centre national de la musique (CNM), qui sera mis en place l’année prochaine.” Les superviseurs musicaux souhaitent aborder différentes problématiques, dont la possibilité de voir éligible au crédit d’impôt le recours à un superviseur musical.

Lucas Fillon